Pourquoi je n'aimais pas mes photos, et comment une séance a tout changé

J’ai demandé à une cliente de me donner son avis sur sa séance photo, je m’attendais à un simple avis google, j’ai eu droit à un retour tellement éloquent que je lui ai demandée la permission d’en faire un article pour mon blog, et je vous livre ici son témoignage.



Pendant des années, j'ai fui les appareils photo.
Pas par timidité, non, plutôt à cause d'une certitude tranquille et un peu triste : les photos ne me rendaient jamais justice, je me trouvais toujours trop quelque chose :  trop figée, trop artificielle, trop moi, peut-être, mais dans une version que je ne reconnaissais pas.

Je me souviens des photos de famille où je souriais en pensant au résultat plutôt qu'au moment, des selfies supprimés avant même d'être montrés. Des photos de groupe où j'étais celle qui s'arrangeait pour être un peu à l'écart du cadre, ou derrière quelqu'un.
Cette petite voix qui disait : « les photos, c'est pour les autres. »

Et puis une amie m'a parlé d'une séance portrait.
Elle revenait d'une session avec un photographe à Saint-Tropez, les yeux brillants, avec cet air de quelqu'un qui a vécu quelque chose d'inattendu. Elle m'a montré ses photos. J'ai reconnu immédiatement son visage, ses gestes, mais aussi quelque chose d'autre, une lumière, une présence.
Elle était entière dans ces images.

Je me suis dit que ça devait être elle, cette lumière là, que pour moi, ce serait différent.

Le matin de la séance , ou l'art du doute

J'ai failli annuler trois fois.
La veille, sous prétexte que je n'avais pas la bonne tenue.
Le matin, parce que la météo semblait incertaine.
Et puis, en voiture, parce que je ne savais pas quoi faire de mes mains sur une photo et que ça me semblait être un problème insurmontable.

Je suis arrivée avec ce que j'appelle maintenant mon "armure de normalité" : sourire poli, posture correcte, et une liste mentale de tout ce que je ne voulais pas qu'on voie de moi.


“Je ne savais pas encore que le but d'une séance, ce n'est pas de cacher, c'est de révéler.”


Yannick a commencé par parler.
Pas de la séance, pas des poses mais de la lumière de ce matin-là, des couleurs du port, de cette qualité particulière de l'air en Méditerranée, juste avant que le soleil monte trop haut.
Et sans m'en rendre compte, j'ai commencé à écouter, à regarder, à être là, simplement.

Le lâcher-prise, ce que personne ne m'avait dit.

Il y a un moment dans la séance que je n'avais pas anticipé, un moment où j'ai arrêté de penser à comment j'avais l'air. Ça s'est produit assez naturellement, au bout d'une vingtaine de minutes.
Une lumière particulière, une instruction simple, un fou rire à propos de rien, et quelque chose s'est déposé en moi.

Je ne cherchais plus à contrôler,  Je n'essayais plus d'être présentable. J'étais juste là, dans ce moment un peu étrange et beau, avec le soleil dans les yeux et du sable sous les pieds, et quelqu'un qui regardait dans mon sens avec quelque chose qui ressemblait à de la bienveillance.

Ce lâcher-prise,  je veux en parler parce qu'on ne le dit pas assez : c'est lui le vrai cadeau de la séance, pas les photos. Ou plutôt : pas que les photos !

Pendant deux heures, j'ai existé dans mon corps sans me battre contre lui. J'ai marché, tourné la tête, ri, regardé au loin, j'ai occupé l'espace sans m'excuser.
C'est une sensation que je ne m'attendais pas à chercher dans un shooting photo, et que j'y ai trouvée, profondément.

La légèreté qui reste

Ce dont je me souviens le mieux, ce n'est pas le moment où j'ai vu les photos, c'est ce que j'ai ressenti en rentrant ce soir-là.

Il y avait quelque chose de léger dans ma façon de me déplacer comme une espèce de satisfaction tranquille après une bonne conversation avec quelqu'un qui vous a vraiment écoutée.
J'avais l'impression d'avoir été vue, pas jugée, pas mise en scène, simplement vue.

J'ai repensé à des moments de la séance où j'avais ri sans raison, ou regardé l'horizon sans penser à rien de particulier, des instants qui n'avaient l'air de rien, et qui étaient en fait tout.



“On croit qu'on va chercher de belles photos, on repart avec quelque chose de plus profond : la preuve qu'on méritait qu'on pose les yeux sur nous.”



Et les photos, alors ?

Quand Yannick m'a envoyé la galerie quelques jours plus tard, j'ai ouvert le lien avec cette petite crispation habituelle, et puis j'ai regardé.

Je me suis reconnue,  pas dans une version idéalisée ou corrigée de moi-même.
La façon dont je penche légèrement la tête quand je réfléchis, le creux de mon sourire quand il est sincère, la lumière dans mes yeux que je ne savais plus voir.

Il y avait une photo en particulier ou je regardais au large, je ne posais pas, je réfléchissais à autre chose. Et je trouvais cette femme-là, moi, belle. Pas belle malgré quelque chose. Belle, simplement.

J'ai pleuré un peu. Je ne m'y attendais pas.



Ce que j'aurais voulu qu'on me dise avant

Si vous lisez ces lignes en vous reconnaissant dans cette relation compliquée avec votre propre image, je voudrais vous dire ceci :

Une séance photo n'est pas une épreuve, ce n'est pas un examen de beauté, ce n'est pas réservé aux femmes qui "s'assument" déjà, à celles qui savent poser, à celles qui ont le bon corps ou le bon visage.
C'est précisément fait pour celles qui ne savent pas encore comment se voir, pour celles qui ont passé des années à s'effacer sur les photos de groupe, pour celles qui méritent, et nous le méritons toutes, d'avoir une image d'elles-mêmes dans laquelle elles se reconnaissent et se trouvent dignes d'être regardées.

Le lâcher-prise, je vous le promets, arrive.
Pas forcément dans les premières minutes, mais il arrive.
Et ce moment où vous arrêtez de surveiller et commencez à vivre la séance, ce moment-là change quelque chose, durablement.

Les photos sont belles, mais c'est ce que vous portez en vous en repartant qui est irremplaçable.



Amélie, 39 ans.



Vous vous reconnaissez dans ce récit ?

Offrez-vous une séance photo !






yannick faure

Photographe Professionnel Saint-Tropez

https://www.yannickfaure.fr
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